Guinée : cette porte ouverte sur la réforme constitutionnelle (par Lepoint)

Guinée : cette porte ouverte sur la réforme constitutionnelle (par Lepoint)

La date des élections législatives fixée, le scénario politique se précise avec à la clé une réforme constitutionnelle partie pour être approuvée par le nouveau Parlement.

Le president Alpha Condé ne semble pas vouloir se passer d’un troisieme mandat, très contesté par la rue guineenne.

Dix ans après le massacre du 28 septembre 2009, les « signaux sont [de nouveau] au rouge » en Guinée. C’est le constat qui ressort d’un nouveau rapport d’Amnesty International sur la situation des droits de l’homme dans le pays. En cause ? Les décès par balle survenus lors des manifestations politiques de ces dernières semaines, et qui impliqueraient les forces de l’ordre. Tout en reconnaissant les efforts faits en la matière par le président Alpha Condé – comme l’abolition de la peine de mort en 2017 –, l’ONG affirme que « les autorités guinéennes ont largement échoué à remédier à la culture de l’impunité pour les violations des droits humains commises par les membres des forces de sécurité ».

Une certitude : la volonté de Condé de briguer un 3e mandat
Pour le quotidien burkinabé Le Pays, cette violence a une explication toute trouvée : « En dressant la machine répressive contre les défenseurs de la liberté et de la démocratie, Condé achève de convaincre, pour ceux qui en doutaient encore, de sa volonté de prolonger son bail à la tête de l’État guinéen au terme de ses deux mandats constitutionnels », écrit le journal. Car c’est là l’objet de toutes les crispations. Depuis que le chef de l’État a engagé des consultations sur une éventuelle modification de la Constitution en septembre dernier, l’opposition et la société civile voient rouge. Et accusent le président de vouloir modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat quand, en l’état actuel des choses, la loi n’en permet que deux.

Début octobre, pour exprimer leur désaccord, des centaines puis des milliers de Guinéens, à l’appel d’un collectif de partis d’opposition, de syndicats et de la société civile, dont le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), investissent les rues de Conakry et de ses communes périphériques. Au fil des manifestations, une véritable marée rouge – la couleur du FNDC – envahit les artères de la capitale. Mais, dès les premières marches, la contestation est durement réprimée, d’après l’opposition. Au total, au moins 16 civils et un gendarme ont trouvé la mort depuis le 14 octobre.

Les législatives, « une manœuvre de plus », selon l’opposition

Une situation qui, pour le moment, ne trouve pas d’issue, Alpha Condé, 81 ans, entretenant le flou sur ses intentions. Il a, en revanche, validé la date des élections législatives. Initialement prévues le 28 décembre 2019 après plusieurs reports, « les citoyennes et citoyens guinéens en âge de voter et dûment inscrits sur la liste électorale de l’année en cours sont [finalement] convoqués aux urnes le 16 février 2020 », a-t-on appris par décret présidentiel lundi 11 novembre au soir.

Si les autorités se réjouissent de cette annonce, les adversaires d’Alpha Condé, un peu moins. Car, pour eux, le scrutin législatif ne serait qu’un autre moyen pour le dirigeant d’arriver à ses fins. Les élections ne serviraient, selon eux, qu’à assurer au président une majorité parlementaire des deux tiers, nécessaire à une réforme de la Constitution. « Nous n’accepterons pas que des élections bâclées soient organisées pour faire plaisir à Alpha Condé, qui veut avoir coûte que coûte une majorité pour faire passer son projet occulte de modification de la Constitution et s’octroyer une présidence à vie », avait déclaré en septembre dernier à l’AFP un membre de la Ceni, sous le couvert de l’anonymat, lorsque le scrutin avait été annoncé pour fin décembre.

Gare au jugement de l’Histoire

L’hypothèse, si elle se réalise, n’augurerait rien de bon pour Alpha Condé, affirme Le Pays. « Non seulement il achève de dilapider tout le capital de sympathie engrangé tout au long de son combat historique pour la démocratie contre les régimes militaires successifs en Guinée, mais aussi il court le risque de sortir de l’histoire par une porte dérobée. Rien ne dit en effet qu’il échappera au syndrome de Blaise Compaoré au Burkina Faso ou d’Abdoulaye Wade au Sénégal », estime le quotidien. La manifestation prévue ce jeudi 14 novembre et surtout l’attitude des forces de l’ordre donneront le ton.

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