La désunion, l’autre péril africain (Chronique)

La désunion, l’autre péril africain (Chronique)

Intégration, union, fédéralisme, panafricanisme, les mots ne manquent pas pour marquer la volonté des Africains de se rassembler. La réalité du terrain illustre que le chemin à parcourir est encore long.

L’union fait-elle la force ? En Afrique, on commence sérieusement à en douter. Car ce mot magique, si bien chanté par nos poètes et par nos musiciens, se trouve réduit aujourd’hui à un simple fonds de commerce où viennent puiser les démagogues et les politiciens en mal de carrière. Et pourtant, si le panafricanisme a passionné des hommes aussi différents (par leur origine et par leurs idées) que Léopold Sédar Senghor, Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, Sékou Touré, Houphouët-Boigny, Mohamed V, Julius Nyerere, Ben Bella, Haïlé Sélassié et les autres, c’est parce que l’idée a du sens et que le projet n’est pas forcément utopique. Au début des années 1960, ce beau rêve reposait d’ailleurs sur un réel sentiment de communauté de destin : le même passé de colonisés, la même condition de sous-développés, la même ambition de reconquérir sa dignité, le même rêve de bien-être économique et social. Nous avions alors une claire conscience de notre situation : indépendants, oui, mais nus parmi les loups ! Devant nous, l’esprit revanchard des anciennes puissances coloniales, à gauche et à droite, les ambitions démesurées des États-Unis, l’Union soviétique, les nouveaux maîtres du monde. L’unité s’imposait d’elle-même non comme un projet choisi, mais comme une nécessité vitale. « L’Afrique s’unira ou elle périra », disait d’ailleurs Kwame Nkrumah.

C’est dans une saine émulation en tout cas – malgré le débat houleux entre les tenants du fédéralisme et ceux de « l’Afrique des États » – que l’Organisation de l’unité africaine (OUA) voit le jour le 25 mai 1963. Aussi décevants qu’en soient les résultats, personne ne doit oublier que, ce jour-là, les Africains ont créé la première organisation continentale de l’histoire. Hélas, ce qui fut une prouesse à l’époque n’est plus qu’une coquille vide aujourd’hui. Les beaux discours n’ont pas réussi à masquer la cruelle réalité : en 2019, la Tanzanie est le seul pays réunifié du continent. Partout ailleurs, c’est la zizanie, quand ce n’est pas la menace chronique de la discorde et de la dislocation. Les organisations régionales qui auraient dû servir de pierre d’achoppement à l’édifice sont pour la plupart à l’abandon, même si la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) peut se vanter de son passeport et la Communauté de l’Afrique de l’Est, de son bon début de coopération économique. La Communauté économique des États d’Afrique Centrale n’a institué la libre circulation des biens et des personnes que le 7 mai 2015. Quant à l’Union du Maghreb arabe (UMA), minée par la rivalité gémellaire qui oppose le Maroc et l’Algérie, elle ne trouve même plus nécessaire de convoquer ses instances dirigeantes.

Plus désespérant encore, nous peinons à maintenir les territoires hérités de la colonisation. Les guerres civiles et les velléités de sécession risquent à tout moment d’emporter des pays comme le Congo et la Libye, le Sud-Soudan et le Mali. Au Sahel, le déséquilibre climatique a accentué le traditionnel conflit pasteurs-agriculteurs. L’impuissance de nos États, les manigances des grandes puissances et l’irruption du djihadisme ont élevé ce drame à un niveau sans précédent.

Ce climat délétère n’épargne même pas des zones comme le Sahel, le Maghreb ou la Somalie, où l’histoire avait presque achevé son formidable brassage ethnique et racial. Ce dernier pays, peuplé à 100 % de Somalis, parlant la même langue et pratiquant la même religion musulmane, a éclaté en cinq morceaux. Pour quelques arpents de sable, l’Algérie et le Maroc, tous les deux sunnites et arabo-berbères, ne se disent même plus bonjour.
Au secours, docteur NKrumah, pour avoir refusé de s’unir, l’Afrique commence à périr !

Par Tierno Monénembo

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Categories: Afrique

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