La déroute politique en Guinée : Enjeux et perspectives (par Bah Elh. Oumar)

La déroute politique en Guinée : Enjeux et perspectives (par Bah Elh. Oumar)

La fonction présidentielle exige dignité et responsabilité. Dans le cas de la Guinée, l’actuel président, Alpha Condé à fouler cette exigence au sol. Son discours politique à son siège le 24 Mars est une illustration parfaite. D’ailleurs cette exigence est constitutionnelle. Parlant de l’incarnation du pouvoir et de la fonction présidentielle, la constitution stipule : ‘’ il doit notamment cesser toutes responsabilités au sein d’un parti politique (…) Il incarne l’unité nationale. Le président de la République est au -dessus des partis politiques.’’

Au regard de ces textes, le président de la République ne devrait pas être présent à son siège politique, à plus forte raison de prononcer ce discours de haine et d’affrontement. C’est un discours insupportable de la part d’un chef de l’État. La violation de la constitution est sans appel. Dans un pays où, y a une normalité et un bon fonctionnement institutionnel, une procédure de destitution serait ouverte, pour parjure et haute trahison. Le silence des pouvoirs judiciaire et législatif, traduit une faiblesse institutionnelle très grave, pour une démocratie.

On n’est pas dans le secret de Dieu, pour prédire la volonté réelle d’Alpha Condé. Mais néanmoins, il laisse apparaître des indices inquiétants. Il s’agit clairement de la stratégie de chaos, pour se maintenir au pouvoir au-delà de son dernier mandat. Dans son projet de se maintenir au pouvoir, il aura besoins certains groupes violents qui vont lui soutenir. Et le dimanche 24 Mars, c’était une façon de chauffer les esprits, et c’est une situation très dangereuse pour la stabilité de notre pays.

En 2020, tout laisse croire qu’il n’y aura pas l’élection présidentielle, ça sera, en quelque sorte le glissement. Pour arriver à perpétrer ce glissement, il faudra une justification de la part du pouvoir. Et Cette justification serait de créer une tension politique dans le pays. C’est le scénario Congolais qui risquerait de se produire en Guinée pour être rapide. En cas d’une situation chaotique, la sortie de crise sera sans doute, un gouvernement d’Union avec toutes les composantes de la classe politique, avec le maintien de l’actuel président à la tête de l’État. Ça sera de prolongation en prolongation. Il faut éviter ce scénario et c’est dès maintenant.

Pour déjouer ce scénario qui risque de basculer notre cher pays, la sagesse collective et la fermeté dans la mobilisation s’impose :

La sagesse collective, pour éviter que le pays sombre dans un conflit interethnique, qui sera interminable et désastreux en termes de conséquences : il faut à tout prix préserver la stabilité de notre pays, qui est très précaire. Notre pays est complètement abîmer, tant sur le plan politique, économique et social. Il faut préserver le peu de stabilité qui nous reste. Il ne faut pas aller à l’affrontement. Le pays n’a pas besoin d’un conflit. Le pays est très déliquescent, très faible, dans ses structures, et tout, dans une sous-région très fragilisée par des conflits armés, et interethnique, voir religieux. La menace la plus dangereuse et la plus imminente, est la situation préoccupante de L’État Malien, avec des milices armées qui massacrent la population dans certaines localités, il y a un risque potentiel de contagion sachant qu’en 2010, certaines milices armées avaient perpétrer des crimes similaires en Guinée. Le deuxième risque potentiel, c’est l’incursion des groupes radicaux en Guinée, dans le but de commettre des attentats, et le pouvoir instrumentalisera cette situation pour se maintenir. Donc, face à tous ces scénarios dramatiques, il faut que chacun garde sa lucidité et sa sérénité pour l’intérêt du pays. Que l’intérêt de la Guinée domine, que chacun privilégie l’amour du pays. Le désir de concorde doit passionner tous les fils et filles du pays.

La mobilisation citoyenne, face à un troisième mandat, sera le seul recours pour empêcher Alpha Condé de continuer d’exercer illégalement le pouvoir. Et faudra une grande fermeté dans ces mobilisations citoyennes pacifiques. Indépendamment des partis politiques, il faut des actions des mobilisations pour exiger le départ d’Alpha Condé, dès l’épuisement de son dernier mandat. Et en aucun cas, il ne pourra exercer un autre mandat, y compris avec une nouvelle constitution. Donc, ceux et celles qui clament une nouvelle constitution ressaisissez-vous. La seule issue de l’actuel président, est son départ au terme de son dernier mandat. Ça sera une grave erreur de vouloir chercher de rester au pouvoir par la violence, ça ne lui grandira pas, et il ne s’en sortira pas vainqueur, car ‘’ personne n’a longtemps conservé un pouvoir de violence ‘’, Sénèque.

Bah Elhadj Oumar, Analyste et consultant politique, Diplômé à l’université de Nice.

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