Révue de la Presse : l’armée sonne la retraite pour Bouteflika

Révue de la Presse : l’armée sonne la retraite pour Bouteflika

« Plus d’un mois après le début de la révolte populaire contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, le président algérien a perdu son principal soutien, l’armée : le seul, sans doute, susceptible de faire ou de défaire son emprise sur le pays. L’incroyable et formidable élan populaire qui, toutes générations confondues, hommes et femmes mêlés, fascine la planète depuis le 22 février, a fini par avoir raison du dictateur momifié. »

Mais attention, prévient Libération, « les Algériens n’en sont qu’au début de ce nouveau chapitre. Et la suite pourrait s’annoncer bien plus sombre. Si le Président saute, ce n’est pas pour satisfaire le peuple, mais bien pour préserver le système en place. Un système tout puissant, ayant la haute main sur les finances du pays, qui va maintenant organiser sa propre transition » Et Libération de s’interroger : « celle-ci s’effectuera-t-elle dans les mêmes conditions que les manifestations des semaines passées, de façon enthousiaste et pacifique ? Tout ce que la planète compte de démocrates l’espère. »

La rue sur le qui-vive

Le Figaro reste sur ses gardes également : « l’opacité du pouvoir algérien incite à la prudence, mais tout indique que ce “putsch constitutionnel” a été bien préparé, négocié. Omnipotente depuis l’indépendance, l’armée devrait être aux manettes dans les semaines qui viennent. On ne peut écarter un scénario “à l’égyptienne”, où elle récupérerait toute la mise, même si elle semble pour l’heure décidée à suivre les règles constitutionnelles. La suite est un saut dans l’inconnu, pointe encore Le Figaro. Les clans qui forment “l’État profond” celui qui détient le vrai pouvoir , réussiront-ils à s’entendre sur un nom ? Arriveront-ils à confisquer le changement ? La rue, sans nul doute, restera sur le qui-vive. »

En effet, renchérit La République des Pyrénées, « ce que réclame la rue, c’est une réforme constitutionnelle qui fasse entrer l’Algérie parmi les nations démocratiques modernes. Encore faudrait-il s’accorder sur un candidat incarnant l’entrée dans ces temps nouveaux. Pour l’heure, hélas, aucune figure n’émerge pour tenir ce rôle. »

Comment construire le changement ?

En tout cas, analyse le spécialiste de l’Algérie Luis Martinez dans Mediapart, « Gaïd Salah, lui-même octogénaire produit par Bouteflika, met une pression énorme sur les acteurs politiques. D’une certaine manière, il annonce que les militaires vont être les leaders de la transition puisque les acteurs politiques n’y arrivent pas. On va certainement assister à une volonté de faire tomber des têtes pour montrer qu’il y a une volonté de renouvellement, de changement et à une éviction progressive de tous ces personnages qui ont assisté, accompagné Bouteflika ces vingt dernières années. […] Cela va donner à la population le sentiment qu’enfin elle obtient des résultats concrets. Une fois ces têtes coupées, conclut Luis Martinez, la nouvelle étape sera de savoir comment construire le changement. »

Le système peut perdurer sans Bouteflika…

Interrogé par Libération, l’écrivain et reporter algérien, Adlène Meddi, n’est guère optimiste…

« De toute manière c’est le casino qui gagne à la fin. Le système va essayer de se perpétuer une fois de plus. Il a pour lui beaucoup d’argent, un système militaro-sécuritaire très fort, et des puissances étrangères prêtes à tout pour éviter la déstabilisation de l’Algérie. Il peut donc retomber sur ses pattes, mais sans Bouteflika. En revanche, ce que le peuple a gagné, c’est que le système ne peut plus faire comme si la société civile n’existait pas, et il a compris aussi que celle-ci n’était plus achetable. »

Maintenir la pression !

Enfin, pour l’écrivain Kamel Daoud, interrogé par Le Figaro, l’espoir d’un changement radical est toujours présent : « est-ce que le système veut préserver ses intérêts en sacrifiant Bouteflika ? Bien sûr et c’est de bonne guerre, répond-il. Il ne faut pas s’attendre à une sorte de conte de fées où il va s’avouer vaincu facilement. C’est à nous désormais, les Algériens, de continuer à demander le changement sans tomber dans le piège du radicalisme, affirme Kamel Daoud. Un changement total immédiat qui s’accompagnerait d’un effondrement de l’État ne serait pas souhaitable. […] Les Algériens doivent continuer à maintenir la pression sur l’armée en demandant un changement de régime et en allant crescendo et graduellement vers la démocratie qui ne sera pas réalisable en une journée. »

Et Kamel Daoud de conclure : « si j’ai peur ? Bien sûr. Personne ne peut lire l’avenir. Nous avons évité le scénario à la libyenne et à la syrienne, il nous reste à éviter le scénario à l’égyptienne pour arriver au scénario à la tunisienne. Et il faut avoir conscience que ce n’est pas parce qu’elles tournent mal un jour que les révolutions sont mauvaises par essence. »

Face à la Chine, l’Europe se veut unie

Et puis à la Une également : l’Europe fait front face à la Chine, avec cette rencontre inédite hier à l’Elysée…

« Si la diplomatie est souvent affaire de symbole, celui-là se voulait évident, relève Le Figaro : trois Européens, Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron, s’entretenant, à l’initiative de ce dernier, avec le président chinois Xi Jinping, en visite à Paris. L’idée, selon le président de la République, était d’afficher l’unité des Européens dans leur demande de rééquilibrage des relations avec la Chine et leur souhait de dépasser les tentations individualistes qui perdurent en Europe. En termes d’affichage précisément, l’objectif de cette rencontre inédite semble avoir été atteint. »

En effet, précise La Montagne, « en conviant ainsi la chancelière d’Allemagne et le président de la Commission, Emmanuel Macron tente d’afficher une Europe de la puissance. Et ainsi contrer la stratégie insupportable de certains pays qui viennent chercher d’une main les subventions et signent de l’autre, dans leur coin, avec la Chine. C’était une manière de dire à Pékin que nous ne sommes pas dupes de son art de jouer sur la division des pays de l’UE pour mieux pénétrer son marché. »

Il s’agit là d’« un simple symbole pour le moment, pointe Le Journal de la Haute-Marne, mais qui pourrait avoir son importance à l’avenir. Inutile d’espérer infléchir les positions de Pékin lorsqu’on est la France, seule, ou même l’Allemagne. En revanche, quand on fait en sorte de pouvoir opposer une résistance à l’échelle d’un continent, on peut, là, commencer à rêver. »

Par Frédéric Couteau

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Categories: Afrique

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