Union africaine-Démocratie : tout un programme ! (tribune)

Union africaine-Démocratie : tout un programme ! (tribune)

Entre la présidence du maréchal égyptien al-Sissi à la tête d’un régime fort et la multiplication d’élections contestées, l’Union africaine va avoir fort à faire pour mieux enraciner la démocratie sur le continent.

Le président égyptien al-Sissi et équato-guinéen Obiang Nguema à Addis Abeba le 29 janvier 2019 lors du sommet du Conseil de paix et de sécurité. Parmi les sujets cruciaux, celui de la démocratie.

L’Union africaine, dont le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi va prendre les commandes pour les douze prochains mois, est une institution en pleine réforme, laquelle a été enclenchée de manière profonde par le Rwandais Paul Kagame. Il a fait de l’autofinancement de l’institution panafricaine – par une taxe de 0,2 % sur les importations – le centre de ses préoccupations parallèlement à toutes les initiatives qui ont mené à la mise en place de la zone de libre-échange continentale, la Zlec, que seule la moitié des 55 États membres ont adoptée pour le moment.

Sur le front politique, l’Union africaine affiche son ambition de promouvoir la démocratie. Elle rencontre cependant des obstacles qui en empêchent le déploiement cohérent et durable sur le continent. De fait, l’Afrique apparaît comme un espace où les valeurs démocratiques mettent du temps à s’enraciner du fait, entre autres, de la faiblesse du dispositif de prévention et de répression des violations de la démocratie et des droits de l’homme.

L’Union africaine n’est pas un espace de négation totale de la démocratie comme modèle d’organisation politique des sociétés. Seulement, la persistance de démocraties hésitantes et de « démocraties de façade » ainsi que le déficit de convergence dans ce que doit être la démocratie en Afrique compliquent singulièrement la tâche de l’Union africaine dans sa défense de celle-ci et de l’éthique qui l’accompagne.

Cohabitation entre démocraties de façade et démocraties balbutiantes

En dépit de quelques avancées et embellies démocratiques, le continent ne constitue pas un modèle en la matière et nombre de ses pays africains sont très souvent cités en contre-exemples de la démocratie dans le monde, eu égard aux difficultés qu’ils éprouvent dans l’entreprise d’implémentation et d’enracinement des valeurs qui accompagnent celle-ci.

Récurrence de conflits, interruption de processus démocratiques, violations graves des droits de l’homme, persistance de comportements freinant le développement d’une culture démocratique, manque d’indépendance de certaines institutions, contraintes de nature économique, financière et sociale, suscitant la désaffection du citoyen notamment lors des scrutins : voilà des obstacles qui se dressent sur le chemin de la démocratie en Afrique. À cela s’ajoutent les changements anticonstitutionnels de gouvernement, les conflits post-électoraux et les violations des droits de l’homme. Il n’est pas rare, en effet, que les dirigeants instrumentalisent les institutions démocratiques afin de protéger leurs intérêts propres et de mettre leur pouvoir à l’abri du vote populaire et des contraintes constitutionnelles. À cet égard, la vague de démocratisation de ces vingt dernières années a parfois favorisé l’émergence de démocraties de façade : élections truquées, dirigeants non responsables devant le Parlement, faiblesse de l’État de droit, faible protection des libertés civiles.

Démocratie en Afrique, oui, mais laquelle ?

Nombre d’États et de gouvernements africains tentent la démocratie comme modèle d’organisation politique des sociétés africaines. La quasi-totalité des pays africains reconnaît le caractère universel des valeurs démocratiques, des droits de l’homme, de l’État de droit, etc. Seulement, cet unanimisme apparent occulte quelque peu les divergences et disparités pratiques existant en matière d’aménagement et de fonctionnement concret du système démocratique dans les pays concernés. Bon nombre de ces pays revendiquent une certaine liberté dans la façon d’organiser, d’aménager et de faire fonctionner leur démocratie. Ces derniers invoquent et convoquent à volonté la pertinence d’une approche relevant de la « diversité démocratique », qui exprime l’idée selon laquelle « il n’y a pas qu’un seul chemin pour atteindre la démocratie et garantir les droits de l’homme ».

Faiblesse de l’Union africaine dans ses outils

Dans l’optique de donner une meilleure consistance à sa volonté de se poser en leader en matière de démocratisation dans le champ politique international, l’Union africaine s’est dotée d’un dispositif opérationnel destiné à sanctionner les violations de la démocratie sur le continent. Problème : ce dispositif ne semble pas donner les résultats à la hauteur des ambitions de l’Union africaine. Gradué, il va de la prévention à la sanction et peut se décliner en trois points importants. En premier lieu, il y a une prévention structurelle. Celle-ci se matérialise par un mécanisme d’alerte précoce permanent par lequel l’Union africaine se tient informée de la situation et de l’évolution des pratiques démocratiques sur le continent, à la faveur notamment de missions de contact et de missions d’observation des élections. À cet effet, l’Union africaine s’appuie sur la commission des affaires politiques qui est chargée de l’observation du respect de la démocratie et des droits de l’homme au sein des États et gouvernements membres. Une telle opération préventive est censée permettre de définir les mesures adéquates pour consolider l’enracinement de la démocratie, des droits et des libertés sur le continent, d’apporter aux pays africains désireux une assistance en la matière.

En deuxième lieu, il est question d’une prévention immédiate et opérationnelle en cas de « crise de la démocratie ou en cas de violations graves des droits de l’homme ». Face à une telle situation, les instances de l’UA sont amenées à prendre toute initiative susceptible de prévenir une aggravation et d’envisager un prompt règlement. Dans ce cas, le président de la Commission de l’UA peut envoyer un facilitateur susceptible de contribuer à la recherche de solutions consensuelles, ou plutôt des observateurs judiciaires dans le cas d’un procès qui suscite la préoccupation de la communauté africaine.

En troisième lieu, l’UA se met en situation de réagir immédiatement à tout cas de « rupture de la démocratie ou de violations massives des droits de l’homme ». Après avoir consulté le président en exercice de l’UA, confirmé la gravité des violations, les avoir publiquement condamnées et exigé le rétablissement de l’ordre politico-constitutionnel, le président de la Commission peut engager un certain nombre de sanctions graduées contre l’État concerné. Cela va du refus de reconnaître les résultats à l’issue d’un scrutin électoral à la suspension dudit pays de l’institution panafricaine, notamment en cas de coup d’État militaire contre un régime démocratiquement élu et même d’un hold-up électoral.

Faiblesse de l’Union africaine sur le terrain

Le dispositif mis en place par l’institution panafricaine peut paraître parfaitement opérationnel. Pourtant, il faut relever qu’il dispose de nombreuses infirmités du point de vue de sa fonctionnalité dans des situations concrètes et pratiques de la vie des citoyens au quotidien. Il est difficile et compliqué de nier la volonté de l’Union africaine de se construire une image de leader de premier plan en matière de démocratie. Son ambition est cependant rendue caduque par la quasi-absence du respect des fondamentaux des droits de l’homme dans nombre de pays. Ainsi de garantir à chaque citoyen une sécurité sociale, bannir la torture, l’esclavage, garantir la protection et les droits des femmes, des filles et des enfants au sein d’une société égalitaire, assurer à chaque citoyen le droit de manifester pacifiquement pour exprimer son mécontentement, garantir la sûreté et la sécurité de sa personne, la liberté de pouvoir choisir et de s’exprimer en toute dignité, garantir les droits des minorités et de celle issues des migrations intra-africaines.

Un pas en avant malgré tout

Cela dit, l’Union africaine avance quand même. Au-delà d’une simple politique d’affichage et de propagande, on peut relever le fait que le continent africain devient un espace où l’imaginaire démocratique commence à s’installer et à s’institutionnaliser, de même que le dispositif d’implémentation et de sanction des violations de la démocratie et des droits humains, une vraie aubaine pour le développement et la prospérité des États membres. Selon les explications du politologue Henry Nau, les États démocratiques sont plus pacifiques que les États non démocratiques. Les démocraties ne se font pas la guerre parce qu’elles commercent davantage, coopèrent de mieux en mieux, partagent les normes et les valeurs communes. Elles favorisent la mobilité et l’expression des idées. Au final, au-delà de la démocratisation du système politico-social, il importe que l’accent soit porté sur une approche plus libérée et démocratique des rapports familiaux. De quoi garantir à chaque Africain une existence, une présence, une reconnaissance, une trajectoire et un destin au quotidien.

PAR JEAN-CLAUDE FÉLIX-TCHICAYA ET HIPPOLYTE -ERIC DJOUNGUEP

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