La Lettre aux Français : la communication politique enrayée d’Emmanuel Macron (tribune)

La Lettre aux Français : la communication politique enrayée d’Emmanuel Macron (tribune)

Peut-on s’attendre à ce que la lettre d’Emmanuel Macron « parle » aux Gilets jaunes ? Je ne le pense pas.

Les mots de cette lettre, trop longue, ne peuvent pas suffire à apaiser les maux des Gilets Jaunes. Pourquoi ? Parce que les Gilets jaunes sont d’abord une crise de nerfs d’une partie de l’opinion publique. Or, une crise de nerf n’est pas une opinion. Elle ne doit donc pas s’analyser comme un mouvement d’opinion. Elle doit l’être comme une humeur. Elle doit donc d’abord être canalisée puis apaisée. Le Grand Débat a été conçu par le président de la République pour la canaliser. Sa lettre a été conçue pour l’apaiser.

Si les deux choix théoriques sont intéressants, leur exécution pratique est maladroite.

D’abord, la lettre contient trop peu d’émotion et trop peu d’empathie. Trop peu d’humanité en transpire.

Le président de la République semble prisonnier du « syndrome anti-Hollande ». Emmanuel Macron a en effet justement compris que son prédécesseur avait décroché dans l’opinion publique pour ne pas avoir su redonner un sens à son action publique. En miroir, Emmanuel Macron a donc choisi de systématiquement mettre en scène le fait qu’il maintient un cap.

Seulement, à vouloir apparaitre comme le capitaine du navire qui maintient un cap, Emmanuel Macron se prive d’un atout : celui de faire transpirer sa détermination à faire de la « grande politique ». De la Grande Politique ? Oui… montrer que sa politique est grande parce qu’elle s’intéresse aux « petits » qui sont dans la rue depuis plusieurs semaines consécutives… Cette lettre, dans son contenu, ne révèle pas cette attention à la « France d’en bas » comme l’avait désigné Raffarin. Elle se concentre sur la colère en ne sachant pas s’attarder sur les souffrances qui s’expriment de manière exacerbée ce qui aurait dû être une priorité afin que chacun se sente concernée et s’y reconnaisse.

Penser qu’une lettre (beaucoup trop longue par ailleurs sur la forme pour être efficace) va contribuer à faire accepter la politique d’Emmanuel Macron est évidemment illusoire. La confiance se mérite, elle ne se décrète pas. Seule une réponse politique peut permettre un rétablissement de la confiance, par laquelle le président de la République choisit d’ailleurs de terminer son courrier, comme une formule bien trop froide pour se rapprocher de ses lecteurs. La formule « En Confiance » apparait au mieux aussi inefficace qu’un vulgaire « Cordialement » à la fin d’un email, au pire totalement anachronique à l’heure où la défiance n’a jamais été aussi grande.

Tout communicant sait que la défiance des Français envers leurs politiques est un état d’esprit constant historique. Mais, les Gilets jaunes sont d’abord une crise aiguë née du rejet d’un style présidentiel et d’une communication politique maladroite. La communication d’Emmanuel Macron a fini par interroger sa politique. La forme a fait naitre un problème de fond. Il y a d’ailleurs ici de nombreux points communs avec les difficultés d’image et de communication rencontrées par Nicolas Sarkozy.

Il est aussi intéressant de remarquer que jusque-là la « Lettre aux Français » est un outil de communication politique de Président en campagne. En 1988, François Mitterrand écrivait aux Français alors qu’il était un président-candidat comme l’était en 2012 Nicolas Sarkozy. On sait que le quinquennat a fini par se résumer à une campagne électorale permanente. Mais, jamais sous la Ve République, aussi récemment élu, un Président était si contraint de présenter un nouveau contrat démocratique.

Il y a sur le fond de cette lettre, du point de vue du communicant, une inadéquation évidente à cet égard. Le Grand débat national est une réponse à moyen terme. C’est donc une réponse inadaptée au besoin largement exprimé par les Gilets Jaunes d’une réponse politique immédiate à une situation jugée insupportable par ceux qui la vivent. Ce débat est en cela insusceptible de mettre fin à la mobilisation.

La lettre aux Français d’Emmanuel Macron contient aussi une contradiction étonnante. Commencer par affirmer qu’il n’y a pas de sujets tabous pour mieux affirmer ensuite que les réformes accomplies ne seront pas remises en cause, c’est maladroitement donner le sentiment de dire « dialoguons de tout… ce que je veux ».

Les nombreuses questions posées révèlent la stratégie de communication politique d’Emmanuel Macron. Elles servent d’abord à casser l’image d’un homme perçu comme arrogant. Elles servent aussi à mettre en scène un débat en s’appropriant notamment les propositions de la Droite Républicaine pour mieux la maintenir dans son état d’asphyxie.

Les communicants politiques et autres spin doctors d’Emmanuel Macron auraient sans doute dû relire plus attentivement la lettre de François Mitterrand qui était bien plus efficace sur le fond comme sur la forme…

Par Florian Silnicki, Fondateur de l’agence LaFrenchCom.

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Categories: Point de vue

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