Fiche de proposition pour la sortie de crise dans l’Education nationale et l’amélioration du système éducatif

Fiche de proposition pour la sortie de crise dans l’Education nationale et l’amélioration du système éducatif

« Tant vaut l’école tant vaut la nation ». Il n’ya pas de développement sans une meilleure éducation ce qui sous entend que la qualité de l’éducation détermine le niveau de progrès économique et social d’une nation. Comme disait Nelson Mandela que : « l’Education est l’arme la plus puissante pour changer le monde ».

En observant les difficultés liées aux ressources humaines de qualité dont souffre la Guinée. Nous pensons sans nul doute que chaque jour de grève a des conséquences diverses et des impacts négatifs sur la situation économique, politique, sociale et culturelle de la nation. Ce qui de facto aggrave la pauvreté.

Quelques propositions et pistes de réflexions pour bâtir l’école et dynamiser l’Education.

Comment en sortir sur la valorisation salariale et l’amélioration des conditions de vie au travail des enseignants et l’orientation des élèves sur le marché du travail avec le dispositif formation-emploi?

D’abord, la définition d’une véritable politique structurelle de l’Education permettra de canaliser les crises sociales sur le court, moyen et long terme. Procéder à une meilleure évaluation du système éducatif via les états généraux avec la participation active de l’ensemble des acteurs concernés.

Plus les enseignants seront dans les meilleures conditions de travail, plus il y aura un niveau appréciable de performance et d’efficacité. Le salaire, un levier déterminant pour servir d’incitation ensuite les avantages sociaux pour pérenniser le statut social de l’enseignant.

Dans le cadre des négociations salariales, il devient urgent de revoir la grille salariale et l’augmentation de la part du budget de l’Education dans le budget national. Pour le cas présent de l’enseignement pré universitaire, il s’agit tout d’abord de faire un travail d’identification et de recensements des enseignants titulaires et non titulaires ensuite procéder à la répartition par hiérarchie du corps enseignant notamment ceux du primaire, du collège et du lycée.

Les propositions suivantes peuvent faire l’objet d’un éventuel test pour la contribution et l’amélioration de la qualité de l’éducation.

1. L’augmentation de la part du budget de l’éducation nationale environ 25% à 30% du budget national pour une meilleure qualification et valorisation de l’éducation nationale, actuellement la Guinée consacre 14% de son budget national à l’éducation.

En privilégiant plus le budget d’investissement par rapport au budget de fonctionnement. Il est donc envisageable progressivement de rapprocher le budget de l’éducation de la moyenne sous-régionale.
Par exemple en comparaison avec les pays voisins : la Côte d’ivoire consacre 30% de son budget national au secteur de l’éducation, le Sénégal (40%), le Mali (35, 6%).

2. La formation des enseignants aux nouvelles techniques pédagogiques et l’amélioration du contenu des matières à enseigner ainsi que l’adaptation des programmes d’enseignement, le contrôle systématique du contenu des programmes et l’évaluation des formateurs. La disponibilité des équipements et des manuels scolaires adaptés à l’ère du numérique, site web, espace numérique de travail. La mise en place des centres de documentation et d’information dans les lycées, les collèges et les écoles primaires.

3. La fixation du salaire de base des enseignants à 3 millions GNF environ (300 euros). Ce salaire doit être complété et modulé par une prime d’activité en fonction des titres académiques (selon qu’on soit professeur agrégé du secondaire, professeur des écoles, instituteurs, assistants ou contractuels etc) par analogie à l’université (professeurs des universités, maître de conférences, maître assistant, attaché d’enseignement, contractuels etc), la prise en compte de l’ancienneté, de l’excellence pédagogique et de recherche, le taux élevé de réussite des élèves aux examens et concours nationaux, des zones géographiques selon qu’on soit en zone urbaine ou rurale. En prenant en compte également la précarité de l’environnement, les frais de transports et la difficulté d’accès aux outils numériques.

Ce salaire indicatif peut augmenter avec les avantages en fonction de la position académique et tous les autres facteurs précités. Dans cette hypothèse certains professeurs pourraient toucher une rémunération autour de 4 à 8 millions. Mais, un salaire de base de 8 millions n’est pas soutenable économiquement sur le court terme. Ce type de projection salariale doit plutôt s’inscrire sur le long terme par gradation avec une économie nationale performante et dynamique, non avec une économie moins productrice, dépendante des mines et de la dette publique.

En conséquence, l’ouverture d’un dialogue est nécessaire sur l’ensemble des mesures d’accompagnement et la proposition d’un niveau de salaire de base programmable et supportable dans le cadre de la prévision budgétaire future.

4. L’amélioration des conditions de vie et de travail (accès aux équipements de travail, accompagnement pédagogique, formation continue des enseignants (formation des formateurs), accompagnement et valorisation du métier de l’enseignement, stage d’étude, bourse d’étude, rémunération salariale et prime garanties etc), l’initiation d’un plan ou projet de logements sociaux pour les enseignants, cela en commun accord avec l’Etat ce qui pourrait favoriser la stabilité sociale et psychologique du personnel enseignant.

5. L’intégration des filières professionnelles, technologiques et de métiers dans les lycées publics et privés. Par exemple la Guinée étant un pays des mines et d’agriculture mettre en place le lycée des mines et celui de l’agriculture qui auront des projections dans le supérieur types grandes écoles (écoles des mines, agro-campus, école d’économie et de finance, école supérieure de commerce, école d’ingénieur etc). Prendre en compte les disciplines à fortes doses de l’entrepreneuriat, de l’innovation et des nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC).

6. L’anticipation et l’adaptation de l’offre de formation aux besoins du marché de travail ou de l’emploi. Il s’agit là d’ouvrir les portes des entreprises et de l’administration publique aux élèves dès le lycée avec des journées portes ouvertes. Pour faciliter une meilleure orientation et un meilleur choix de métier d’avenir facilitant l’intégration rapide sur le marché du travail. Ce qui pourrait limiter le chômage massif des jeunes.

7. L’opérationnalisation de l’Agence Nationale d’Assurance Qualité qui est une autorité nationale indépendante et de régulation de l’enseignement, la formation et la recherche scientifique. Elle assure l’évaluation et l’accréditation des institutions d’enseignement supérieur, d’enseignement technique et de formation professionnelle et de recherche scientifique ainsi que de leurs programmes. Elle est chargée d’assurer la qualité des programmes, des filières et des établissements publics et privés.

Elle évalue la pertinence et la qualité du contenu des programmes pédagogiques et scientifiques des établissements. Les compétences peuvent s’étendre sur l’ensemble du système éducatif pour la régulation et la délivrance des agréments, l’évaluation des formations, la reconnaissance et le contrôle des diplômes, l’évaluation des institutions d’enseignements qui doivent être autorisées d’exercer le métier d’enseignement sur le territoire national en fonction des standards internationaux. Ce qui pourrait limiter la fabrication des faux diplômes, le risque d’implantation des établissements qui n’ont rien d’école ou d’université, de surcroit sous équipés et insalubres, limiter la falsification des titres officiels.

8. Inspiration sur les modèles de réussites du système éducatif de certains pays (l’enseignement public et l’adéquation formation-emploi).

Dans la revue internationale d’éducation madame Minna Prunnila explique que « la Finlande est l’exemple d’un pays où l´école publique est performante. Le pays s’est donné pour objectif de développer l’école unique, système éducatif organisé dans le cadre de l’enseignement public, accessible à toutes les tranches d’âge. Selon l’enquête Pisa, le système finlandais permet une certaine égalité des chances de réussite, le niveau socio-économique des familles ayant moins d’influence que dans d’autres pays.

Le système éducatif finlandais est basé sur le principe de l’école locale : les élèves fréquentent généralement l’école la plus proche. Les écoles sont pour la plupart communales. La législation accorde une grande autonomie aux autorités locales dans l’organisation de la scolarité. En 2007, 400 communes étaient en charge de l’enseignement fondamental, le reste étant des regroupements de communes, l’État et des associations à but non lucratif.

…Les enseignants jouent un rôle prépondérant dans l’élaboration, le développement et la mise en œuvre du plan d’enseignement au niveau local.

Chez les Finlandais, le métier d’enseignant reste toujours apprécié. Les futurs enseignants sont recrutés sur concours et suivent une formation de cinq ans à l’université. Les changements dans la société font que l’école est beaucoup plus ouverte aujourd’hui sur son environnement, et que le rôle des enseignants a changé. Le rythme de travail dans les écoles s’accélère, le nombre d’élèves nécessitant un soutien spécial augmente (…) et la majorité sont intégrés dans les écoles locales. Malgré ces défis, les concours de recrutement des enseignants intéressent beaucoup de jeunes : à l’Université d’Helsinki, sur les 1 400 candidats, 100 ont été reçus (7,1 %) en 2008.

La Finlande a réussi à hausser le niveau d’éducation et a mis en place des dispositifs et des outils qui favorisent l’apprentissage à l’aide des technologies nouvelles.

Le budget consacré à l’éducation reste dans la moyenne des pays de l’OCDE. L’exemple de la Finlande montre qu’une école performante est aussi une école équitable ».

Un système d’éducation suffisamment performant, décentralisé et très sélectif sur la qualité de l’enseignement et la sélection des enseignants.

Dans le contexte de l’enseignement de masse comme c’est le cas en Guinée, l’augmentation du niveau de salaire peut attirer les jeunes talents qui pourront faire le métier de l’enseignement une vocation non un choix par défaut.

Dans le système français l’organisation et la gestion sont confiées aux ministères en charge de l’éducation, c’est un modèle basé sur le principe d’égalité face au service public de l’enseignement. Les communes sont chargées des écoles maternelles et primaires ; les départements sont chargés des collèges ; les régions sont chargées des lycées et de l’enseignement professionnel.

En outre de l’excellence observée dans les lycées, les grandes écoles et les universités. Le système accorde une place de choix à l’insertion des jeunes via la formation en alternance notamment sur :

– l’apprentissage qui est la forme unique de déboucher sur un emploi (les salaires d’apprentissage sont exonérés de cotisations de sécurité sociale).

– Les contrats de qualification et d’adaptation qui s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans et durent entre 6 mois et 2 ans. La formation doit représenter au moins 25% du temps de contrat.
– Les stages d’initiation à la vie professionnelle (les contrats d’orientations) concernaient les jeunes de moins de 26 ans à la recherche de leur premier emploi. Il s’agissait de stages en entreprise comportant une formation. La rémunération du jeune stagiaire était assurée à la fois par l’entreprise et par l’Etat. Les contrats d’orientation sont destinés aux jeunes n’ayant ni CAP, ni baccalauréat ou des jeunes ayant de réelles difficultés d’insertion.

– Les travaux d’utilité collective, ils sont réservés aux jeunes et sont proposés par des collectivités locales, les entreprises locales, des entreprises publiques ou des associations. La fonction essentielle des TUC était d’améliorer l’ « employabilité » des jeunes en les familiarisant avec le monde du travail, ce type de contrat facilite le lien entre l’école et l’emploi normal.

– Les contrats emploi-solidarité, s’intéressent en partie aux personnes à mobilité réduites (les travailleurs handicapés) pris en charge par l’Etat.

Le dispositif Français est à rapprocher du programme (emploi pour les jeunes) lancé en Suède en 1980.

Comme le système Français, d’autres systèmes s’intéressent à la politique de formation professionnelle qui permet d’améliorer l’adéquation de l’offre à la demande de travail. Par exemple la formation professionnelle continue, deux pays sont en la matière souvent cités en exemple : l’Allemagne et le Japon.

– Le modèle Allemand repose en effet sur l’apprentissage au sens où celui-ci est la voie normale de fin d’études et d’accès à l’entreprise. Les jeunes s’orientent vers ce « système dual » dans lequel un quart du temps de formation est consacrée à l’étude et les trois quarts restants sont passés au sein de l’entreprise. L’enseignement dispensé par les professeurs, des contremaîtres de l’industrie et des salariés de l’entreprise, comprend une partie théorique (40%) et une partie pratique (60%). Par ailleurs, l’apprentissage n’est pas réservé aux seuls jeunes qui ont suivi un cycle secondaire court ; il s’adresse également à des bacheliers.

– Le modèle Japonais se présente différemment. Au Japon, la forme la plus développée de flexibilité est la « flexibilité fonctionnelle », ce qui signifie que tout est mis en œuvre pour développer la polyvalence des équipes. Or cette dernière ne peut être obtenue que grâce au développement de la formation continue. Elle est assurée par les entreprises, qui utilisent des « special training schools).

La formation est dispensée selon trois modalités :

– la formation théorique, assurée en dehors de l’entreprise, en général dans les écoles auxquelles il vient d’être fait allusion, sous forme de stages (pendant ou en dehors du temps de travail) ;
– la formation « sur le tas », sur le lieu de travail ;
– la formation individuelle ou « auto-développement », décidée et financée par le salarié en dehors de ses heures de travail, sous forme de cours par correspondance ou de cours du soir.

Dr. Lansana Bangoura,
Enseignant-Chercheur, Expert et Consultant sur les questions économiques

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