Lettre à mon petit Frère déçu …

Lettre à mon petit Frère déçu …

Très cher petit Frère,
C’est avec la même tristesse renouvelée depuis 10 ans que j’ai pris connaissance des résultats du bac, ce Matin. Je sais combien tu es déçu de ton résultat, c’est normal, il le faut, car c’est ce qui te permettra de construire ta réussite prochaine.

Je sais combien tu t’es battu, et tes parents avec toi. Mais hélas! Tes moyens sont limités parce que le prof qui est chargé de te transmettre le savoir est lui-même limité. Mais en Guinée on croit pouvoir former des chirurgiens avec des bouchers. Tant pis si vous êtes les seuls à porter la croix de cet échec. On est en Afrique, les adultes ne sont jamais coupables, sinon il y aurait tellement de choses à dire de cet échec que tu trimballes seul tel un boulet.De ces cinq semaines de congés forcés au beau milieu de l’année scolaire, de ces profs toujours absents, de cette privatisation rampante de l’école Guinéenne, les meilleurs élèves sont du privé.

Seuls les pauvres vont à l’école publique de nos jours, l’école est devenue un facteur aggravant d’inégalité sociale, les 10 premiers des trois options sont tous issues des écoles privées, finie l’époque de la domination sans partage des grands lycées publics du pays, les écoles se ghettoïsent entre les fils de parents pauvres et les autres. Que dire de l’indécence des conditions de travail dans les écoles publiques, de tous ces jeunes qui quittent l’école sans savoir ni lire ni écrire, encore moins compter, de ces salles de classe plein comme un œuf, où certains étudient assis à même le sol, de ces enseignantes vendeuses de bonbons en plein classe, du métier de l’enseignement de plus en plus dévaloriser et ouvert au premier tocard venu.

Je sais tout cela, mais tu es un enfant, et tu as tort. C’est ainsi, il faut l’accepter, c’est la culture de nos ancêtres. Sinon je sais que tu n’as jamais su lire, écrire ou compter, mais tu réussissais toujours à passer entre les mailles du filet sans qu’on ne comprenne comment, mais surtout pourquoi ?

Aujourd’hui ils ont décidé de te stopper net, Comme un train fou. Cela alors que le mal est déjà fait et les conséquences irréversibles. Tu as déjà raté la base, tes lacunes sont irrémédiables.

Mais si cela peut te consoler, saches que plusieurs Générations avant toi ont subi le même sort, même s’ils sont à l’université ou déjà diplômés, saches que tu n’as rien à leur envier. Car ils ont les mêmes lacunes que toi, si ce n’est pire.

Le système éducatif Guinéen est une machine qui s’est embourbée. Il ne produit plus que du déchet, de la boue.
Au lieu de l’arrêter et de faire les réparations qui s’imposent, nous continuons à le faire tourner avec ses défauts, en espérant que le produit devienne meilleur, par une opération du saint-esprit, certainement.

Mon petit je te souhaite bon courage pour l’année prochaine, en espérant que cette fois-ci sera la bonne.

Ce message s’adresse à tous les enfants que nous punissons de nos propres erreurs aujourd’hui. Depuis plus d’une décennie nous sacrifions des générations entières de “fils de la Guinée”. La reconstruction de l’école ne commence pas le jour du bac, mais le premier jour de classe de la première année de l’école primaire !

Kharé MAN

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Categories: Société

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