« Diktat européen ». Le vrai débat n’est pas celui de l’euro…

« Diktat européen ». Le vrai débat n’est pas celui de l’euro…

 L’analyse de Fabien Escalona sur l’accord européen, s’attache à montrer deux ou trois choses qui lui paraissent essentielles. Tout d’abord « qu’un virage anti euro, pour quelque pays de la zone euro que ce soit, n’aurait rien d’une partie de plaisir ». « Que les propositions issues du centre-gauche européen apparaissent soit irréalistes politiquement, soit impropre à traiter les contradictions de la monnaie unique ». Que les dirigeants européens des pays du nord ont les moyens de signifier à tout membre récalcitrant que la zone euro, « on l’aime comme elle est ou on la quitte ». Et enfin que « La zone euro peut ainsi être caractérisée comme une union hiérarchisée d’États membres dotés d’une constitution économique ordo-libérale, elle-même garantie par une banque centrale et des instances de négociation isolées de toute pression populaire, ne rechignant pas à la coercition contre les dirigeants nationaux pas assez fiables ». Pour conclure que « la gauche alternative est mise au défi du « diktat » européen, en ce sens que l’appartenance ou non à l’Union économique et monétaire va probablement s’imposer comme la nouvelle stratégie centrale ».

 

Acceptée telle quelle, cette conclusion fataliste et donnée comme sans alternative serait en effet terrible pour la pensée démocrate sensée unir les peuples européens, si les gauches l’acceptaient passivement.

Mais pourquoi se laisser enfermer dans le seul débat sur l’euro ? Pourquoi se laisser enfermer dans le débat technique de la monnaie et de la dette, mis en avant par nos gouvernants européens pour ne pas se retrouver sur le terrain plus appréhendable par les citoyens des choix politiques ?

Pourquoi, utilisant l’art de l’Aïkido, ne pas partir de  la question de l’euro pour entrainer le débat vers ce que la question monétaire tend à obscurcir, la question de la pensée économique dominante, la pensée néoclassique, qui s’est emparée « des esprits »,  comme l’a écrit le grand économiste australien Steve Keen?

Cette pensée, qui est la seule source d’inspiration de la politique économique, menée notamment par l’Europe et les Etats européens, qu’ils soient de droite, comme en Allemagne, ou de gauche, comme en France, il n’est pas si difficile que ça d’en défaire les plis dans lesquels nos gouvernants cachent les vraies raisons de leurs politiques d’austérité, à savoir la déconstruction des démocraties pour les seuls intérêts des banques et des entreprises transnationales.

Et sur ce terrain, le terrain politique, les progressistes et les intellectuels européens ont à la fois des choses à dire et des chemins à ouvrir.

Il faut revenir sans cesse sur ce qui s’est passé autour de la Grèce. Montrer pourquoi le référendum grec a été par deux fois une décision insupportable pour les membres de l’Eurogroupe. Comment les citoyens sont dépossédés de leurs votes, dans l’affaire grecque, mais aussi plus généralement dans toute élection.

Nos systèmes démocratiques sont à bout de souffle dit on. Ils le sont pour les raisons indiquées plus haut. Du fait de structures économiques et politiques isolées de toute pression populaire. Ce qui n’est pas une fatalité. S’il n’existe aucune institution où les citoyens puissent prendre la parole, comme l’a dit dans une interview à Libération Dominique Rousseau, le 8 juillet dernier, c’est le rôle des oppositions de réveiller et d’organiser cette parole. C’est le rôle de la gauche alternative.

Pour en revenir à l’euro, problème que la gauche alternative doit en effet aborder sans complexe, si on pose la question de la finalité de l’euro, construit, Escalona l’écrit lui même,  comme « un instrument au service des acteurs économiques privés et non pas une institution unifiant un corps social souverain et contrôlée par lui », ce n’est plus de l’euro dont on va parler, mais des hommes qui l’ont conçu ainsi. Des hommes au service des peuples ? Non. Des hommes qui, par paresse ou intérêt, se sont mis au service d’une idéologie néolibérale, au seul service de l’argent. Des hommes à qui il faut demander des comptes. Des hommes qui doivent rendre des comptes. Devant les peuples qui les ont élus, devant l’histoire aussi, qu’ils enferment chaque jour dans des impasses. Et pour cela, il faudra bien inventer les lieux où les convoquer, des tribunaux où les juger**.

Cela paraitra violent à certains. Mais n’est ce pas les dirigeants européens qui nous obligent à envisager cette solution, eux qui, à de multiples occasions, ont trouvé inacceptable de suivre la voix des peuples consultés. Dans le passé, en France, aux Pays bas, en Irlande, et maintenant en Grèce.

En attendant, c’est à une contestation permanente de leur politique qu’il faut procéder. Cette politique de conformisme, cette politique d’alignement, la politique du même, éternellement recommencée, éternellement imposée. Politique d’austérité, politique contre l’Etat, politique de mise à mort des biens publics ou de leur privatisation, politique de mise à mort de la culture, (fermeture de bibliothèques, suppression des subventions aux festivals), etc.

Et dévoiler les pouvoirs derrière le pouvoir.

Les pouvoirs de l’oligopole bancaire transformé en hydre dévastatrice, comme l’a écrit François Morin, (voir***), une hydre qui n’hésite pas à  se mettre dans l’illégalité (recyclage de l’argent de la drogue, comme HSBC, ententes frauduleuses, etc.).

Les pouvoirs des entreprises transnationales qui ne respectent ni la planète ni les droits humains. (Voir William Bourdon dans Libération : Le Conseil national des barreaux à la botte des multinationales***). Des transnationales qui ne payent pas  leurs impôts, (Cf. Luxleaks), s’achètent les votes des politiques et la parole des experts par un lobbying incontrôlé.

Les pouvoirs de la criminalité en col blanc, de la corruption, pouvoirs si rarement condamnés.

Mais qu’attendre de ceux qui nous gouvernent ? Rien. Il suffit de voir Michel Sapin qui nous fait le coup pour la seconde fois en vingt ans d’une loi, « sa loi »  anti-corruption. Parions que celle de 2015 sera aussi efficace que celle qu’il fit voter en 1993. S’il y revient, c’est bien parce que la première n’était que de la poudre aux yeux ! Que sera la seconde dans ses effets?

 

Il est impossible d’obéir longtemps sans avenir,  a écrit Richard Bennet dans Marianne, à quoi fait écho le livre d’Albert Ogien et Sandra Laugier « Pourquoi désobéir en démocratie ? ».

Et de fait on sent une désobéissance qui vient. Donald Tusk, le président du Conseil européen lui même, s’inquiète dans une interview au Monde de la contestation qui se lève à travers l’Europe. Sans pour autant remettre en cause son système de pensée, puisqu’ il n’hésite pas à continuer de soutenir le Grexit réclamé par Schaüble, croit que la situation de la zone euro est plus solide aujourd’hui, et trouve, (bêtise ou provocation ?), qu’on constate une alliance tactique des extrêmes en Europe.

« En Europe, nous avons trop de Rousseau et Voltaire » dit il.

Il ne lui reste plus qu’à faire attention aux Gavroche  qui ont commencé à fédérer leurs voix en Europe.

BERNARD LEON

 

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Categories: Actualité, International

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